Patrimoine normand

Michel de Decker - Journal de Bord de la Normandie Bleue n°94

Lundi 13 Juillet 2015
Michel de Decker - Journal de Bord de la Normandie Bleue n°94

10 septembre 1931 – Voyage inaugural de la Micheline. (© Patrimoine Normand)

MICHEL DE DECKER - HISTOIRES NORMANDES.
Journal de bord ma Normandie Bleue - n°94.


Michel de Decker

Extrait Patrimoine Normand n°94
Par Michel de Decker.

 

Entre le train du Bonhomme Michelin qui roule vers la Côte Fleurie et qui croise en chemin le moine de la comtesse de Ségur ; entre une reine d’Espagne qui aime les tripes cauchoises et un maire de Cabourg sanguinaire ; entre ce guérisseur rouennais qui a plus d’une maudite corde à son arc et ces deux présidents de la République dont l’un se prend pour un marsupial quand l’autre croque du diamant noir, le Journal de Bord de la Normandie Bleue n’a pas fini de vous étonner…

La vie du rail

Le jeudi 10 septembre de 1931, sur les coups de midi quarante, l’engin qui avait démarré en gare de Saint-Lazare en présence d’André Citroën et d’une belle brochette de journalistes, entrait en gare de Deauville. Après seulement deux heures et quart de trajet. Record de vitesse absolu ! Trente-deux minutes de moins que le rapide de luxe ! Près de 110 kilomètres/heure de moyenne, avec d’incroyables pointes à 130 ! Et surtout, quel confort ! Au vrai, cet engin-là ressemblait plus à un autocar doté d’une remorque qu’à un train traditionnel et ses roues étaient équipées de pneus imaginés par André Michelin, des pneus creux capables de s’adapter au rail et de franchir sans heurt les aiguillages. Mort six mois plus tôt, le génial André Michelin n’avait pas eu le bonheur d’assister à l’événement. C’est donc son fils, Marcel, qui avait décidé de lancer ce prototype qui avait été baptisé la Micheline et qui sillonnera les rails de France et de Normandie jusque dans les années cinquante.

Avec ou sans Micheline, la voie ferrée Paris-Deauville existait depuis les années soixante du XIXe siècle. En 1900, par exemple, on mettait trois heures pour arriver sur la Côte Fleurie en venant du huitième arrondissement parisien. Le train du samedi soir, celui qui était chargé des maris qui avaient passé leur semaine à travailler dans la capitale, était le plus prisé. Ces maris-là retrouvaient donc femmes et enfants pour le week-end et pouvaient repartir le dimanche soir afin d’être au bureau, tout frais et vivifiés par le bon air marin, dès le lundi matin. Allez seulement savoir pourquoi ce train du dimanche soir, qui les menait vers la capitale, était surnommé le train des cocus ? « Bah », se consolait Sacha Guitry, qui aimait tant la côte normande, « n’est pas cocu qui veut et nous ne devons épouser que de très jolies femmes si nous voulons qu’un jour on nous en débarrasse… »

C’est le chemin de fer, aussi, qu’empruntait Alphonse Allais lorsqu’il aimait à passer quelques jours à Honfleur, sa ville natale. Au grand dam des contrôleurs et des chefs de gare, d’ailleurs ! Venu un week-end en compagnie de son collègue et ami, l’écrivain Georges Courteline, l'auteur des Gaietés de l'escadron ou de Messieurs les ronds de cuir, dans l’omnibus du retour, il fut pris d’une folle envie de canular. À l’arrêt de Quetteville, par exemple, il fait deman..

 

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