Patrimoine Normand magazine

 

Jean Gabin et la Normandie

Samedi 11 Mai 2019
Jean Gabin et la Normandie

Jean Gabin sur son champ de course à la « Pichonnière » (© photo famille Moncorgé).


Extrait Patrimoine Normand N°75.
Par JACQUES LULEY.


Jean Gabin naît à Paris le 17 mai 1904, au 23 boulevard Rochechouart à Paris, sous le nom de Jean-Alexis Gabin Moncorgé. Fils de Ferdinand Joseph Moncorgé, tenancier de café et comédien d'opérette sous le nom de scène de Joseph Gabin, et d'Hélène Petit, chanteuse de café-concert, il a six frères et sœurs aînés. Il passe son enfance et son adolescence à la campagne pour laquelle il gardera toute sa vie une profonde affection.

 

Loin de la vie parisienne de spectacle de ses parents, il est élevé dans le petit bourg campagnard de Mériel, dans le Val-d'Oise, par sa sœur aînée Madeleine, dans une maison au bord d'une voie ferrée. En 1914, à l'âge de 10 ans, un coup appuyé lors d'un combat de boxe lui écrase le nez. En 1919, alors qu'il a 15 ans, sa mère décède. Il est mauvais élève et délaisse le lycée Janson-de-Sailly à Paris où il est inscrit et enchaîne les petits métiers, garçon de bureau à la compagnie parisienne d'électricité, cimentier à la gare de la Chapelle, manœuvre dans une fonderie, magasinier aux magasins d'automobiles de Drancy, vendeur de journaux.
 

Jean Gabin avec ses parents devant la porte d'entrée de la maison de Mériel (© photo famille Moncorgé).

Jean Gabin avec ses parents devant la porte d'entrée de la maison de Mériel (© photo famille Moncorgé).

À 17 ans il veut, comme son grand-père maternel, devenir conducteur de locomotive à vapeur dont il peut voir les évolutions sur le grill depuis sa chambre. Bourru, il osait se plaindre de ce qui lui déplaisait mais son œil bleu “magique” participait avec ses amis à la joie de vivre. En 1922, à 18 ans, Gabin est forcé par son père d’entrer dans le monde du spectacle aux Folies-Bergère d'abord comme figurant. Le directeur, Fréjol, est un ami à lui à qui il aurait dit : « Tiens, voici mon fiston. Il aimerait faire du théâtre. Peux-tu l'aider ? Si tu arrives à en tirer quelque chose, tu auras bien du mérite. Moi, j'y renonce...». Il est placé sous la bienveillance du comique troupier Charles-Joseph Pasquier, dit « Bach ».

De 1924 à 1925 Jean Gabin effectue son service militaire dans la marine nationale à Cherbourg, et pendant une permission du début de l'année 1925 il épouse une admiratrice, la future actrice Camille Basset, dite Gaby, avec qui il n'aura pas d'enfant.
 

Jean Gabin et Gaby Basset, sa première épouse (© photo famille Moncorgé).

Jean Gabin et Gaby Basset, sa première épouse (© photo famille Moncorgé).

En 1926, âgé de 22 ans, il devient un véritable artiste de music-hall et chanteur d'opérette. Il fait monter sur scène « La Goulue » auprès de Mistinguett, et il imite Maurice Chevalier. Il entame un tour de chant avec succès pendant deux ans dans toute la France et en Amérique du Sud. En chantant Julie, c'est Julie et La java de Doudoune de Jose Padilla en 1928, il devient partenaire de Mistinguett, qui vient de rompre avec Maurice Chevalier, au Moulin-Rouge et aux Bouffes-Parisiens dont le directeur est le célèbre auteur de l'époque Albert Willemetz. À partir de 1929, il joue les jeunes premiers dans des opérettes comme Flossie ou Les aventures du roi Pausole, toutes deux sur des paroles d'Albert Willemetz. Il vit une amourette avec Jacqueline Francell, sa partenaire de Flossie, et il divorce de Gaby.

En 1930, deux ans après l'arrivée en Europe du cinéma parlant, il débute sa carrière d'acteur dans le film Chacun sa chance, un des premiers films parlant du cinéma français, aux côtés de son ex-femme Gaby (avec qui il jouera aussi plus tard dans Touchez pas au grisbi, Gas-oil et Maigret tend un piège) et du chanteur Jean Sablon.

Le 20 novembre 1933, Gabin épouse à Paris 16e Jeanne Mauchain, meneuse de revue et danseuse nue du Casino de Paris, connue sous le nom de Doriane Mauchain. Son père meurt trois jours avant son mariage.

Trois ans plus tard, il devient une star du cinéma grâce à son « charisme exceptionnel » et à Julien Duvivier qui lui offre les personnages principaux de La bandera avec Annabella, La Belle équipe avec Charles Vanel et Pépé le Moko. Il incarne des héros tragiques et romantiques d'origine populaire. De là, il enchaîne film sur film au sommet du box-office français tout au long de sa longue carrière, quatre-vingt-quinze au total. Jean Renoir l'impose dans Les bas fonds avec Louis Jouvet puis en 1937 dans La grande illusion avec Pierre Fresnay, Marcel Dalio et Erich von Stroheim.

En 1930, deux ans après l'arrivée en Europe du cinéma parlant, il débute sa carrière d'acteur dans le film Chacun sa chance, un des premiers films parlant du cinéma français, aux côtés de son ex-femme Gaby (avec qui il jouera aussi plus tard dans Touchez pas au grisbi, Gas-oil et Maigret tend un piège) et du chanteur Jean Sablon.
 

La bête humaine - 1938. Le début du film, à bord de la “Lison” est impressionnant ; la “Pacific 231” est lancée à pleine vitesse, sans trucage ; Jean Gabin et julien Carette dans l'enfer du poste de conduite ne sont pas doublés (ils avaient appris les gestes sans cesse répétés, tel un ballet automatique entre le chauffeur et le mécanicien durant plusieurs semaines). Bien que le trafic voyageurs ne fut nullement interrompu, la gare du Havre et le dépôt de Saint-Léon furent pratiquement transformés en studio de cinéma truffés d'énormes projecteurs, quelques scènes se passent également dans la ville du Havre. Le film a été tourné en grande partie sur la ligne Paris-le Havre, notamment dans les communes de l'Eure de Beuzeville, le long des talus de la voie ferrée et du pont de Pacy-sur-Eure, au passage à niveau de Mérey ; en Seine Maritime sur le viaduc de Barentin, le pont d'Oissel et en Yvelines à Bonnières vers la gare Saint-Lazare. Lors de ce film, Jean Gabin a été fait cheminot d'honneur (DR).

La bête humaine - 1938. Le début du film, à bord de la “Lison” est impressionnant ; la “Pacific 231” est lancée à pleine vitesse, sans trucage ; Jean Gabin et julien Carette dans l'enfer du poste de conduite ne sont pas doublés (ils avaient appris les gestes sans cesse répétés, tel un ballet automatique entre le chauffeur et le mécanicien durant plusieurs semaines). Bien que le trafic voyageurs ne fut nullement interrompu, la gare du Havre et le dépôt de Saint-Léon furent pratiquement transformés en studio de cinéma truffés d'énormes projecteurs, quelques scènes se passent également dans la ville du Havre. Le film a été tourné en grande partie sur la ligne Paris-le Havre, notamment dans les communes de l'Eure de Beuzeville, le long des talus de la voie ferrée et du pont de Pacy-sur-Eure, au passage à niveau de Mérey ; en Seine Maritime sur le viaduc de Barentin, le pont d'Oissel et en Yvelines à Bonnières vers la gare Saint-Lazare. Lors de ce film, Jean Gabin a été fait cheminot d'honneur (DR).

 

En 1938, il prend le rôle d'un conducteur de locomotive dans La Bête humaine, un film de Jean Renoir (voir photo). Il joue aussi dans Le Quai des brumes de Marcel Carné avec Michel Simon (voir photo), où il rencontre Michèle Morgan à qui il murmure le célèbre « T'as d'beaux yeux tu sais », laquelle répond : « Embrassez-moi ».

 

Le Quai des brumes - 1938. Grand classique du cinéma français, c'est un film pessimiste, dit “réaliste-poêtique” aux décors nocturnes (fumées noires et grises s'échappant d'énormes cheminées, enchevêtrement de grues, rails et pavés mouillés) où se côtoient des personnages pathétiques, crapules, suicidaires, cherchant la fuite. Au départ, coproduit par une société allemande réputée, l'UFA, Quai des brumes devait se dérouler à Hambourg, mais Goebbels, censeur de la culture du IIIème Reich refusa le scénario sous prêtexte que le héros était un déserteur. Revenu à une production française, il sera tourné dans le port du Havre, notamment au bassin Bellot. On y voit également le paquebot Normandie, les façades des cafés du port, les tramways des grands bassins, le cargo la Louisiane. Pour les scènes du quartier des Docks, la cabane du Panama et la rue de la fête foraine où meurt Jean Gabin, Marcel Carné attendit vainement la brume et, les techniciens ayant raté les effets spéciaux pour la simuler, les lieux furent superbement reconstitués aux studios de Joinville (près de Paris) par le célèbre décorateur Alexandre Trauner et les éclairages du grand chef opérateur, Henri Alekan. Lors de la rixe entre Jean et Lucien, la paire de gifles décochée par Jean Gabin à l'encontre de Pierre Brasseur ne fut nullement factice et restera “l'aller et retour” le plus spectaculaire du cinéma français. Il est dit qu'une légère brouille s'ensuivit entre les deux acteurs. Le scénariste-poête Jacques Prévert et le grand décorateur Alexandre Trauner se retirèrent dans un petit village du Cotentin près du Cap de la Hague à Omonville-la-Petite, où ils sont enterrés. Il existe un musée “Prévert” dans son ancienne demeure (DR).

Le Quai des brumes - 1938. Grand classique du cinéma français, c'est un film pessimiste, dit “réaliste-poêtique” aux décors nocturnes (fumées noires et grises s'échappant d'énormes cheminées, enchevêtrement de grues, rails et pavés mouillés) où se côtoient des personnages pathétiques, crapules, suicidaires, cherchant la fuite. Au départ, coproduit par une société allemande réputée, l'UFA, Quai des brumes devait se dérouler à Hambourg, mais Goebbels, censeur de la culture du IIIème Reich refusa le scénario sous prêtexte que le héros était un déserteur. Revenu à une production française, il sera tourné dans le port du Havre, notamment au bassin Bellot. On y voit également le paquebot Normandie, les façades des cafés du port, les tramways des grands bassins, le cargo la Louisiane. Pour les scènes du quartier des Docks, la cabane du Panama et la rue de la fête foraine où meurt Jean Gabin, Marcel Carné attendit vainement la brume et, les techniciens ayant raté les effets spéciaux pour la simuler, les lieux furent superbement reconstitués aux studios de Joinville (près de Paris) par le célèbre décorateur Alexandre Trauner et les éclairages du grand chef opérateur, Henri Alekan.
Lors de la rixe entre Jean et Lucien, la paire de gifles décochée par Jean Gabin à l'encontre de Pierre Brasseur ne fut nullement factice et restera “l'aller et retour” le plus spectaculaire du cinéma français. Il est dit qu'une légère brouille s'ensuivit entre les deux acteurs. Le scénariste-poête Jacques Prévert et le grand décorateur Alexandre Trauner se retirèrent dans un petit village du Cotentin près du Cap de la Hague à Omonville-la-Petite, où ils sont enterrés. Il existe un musée “Prévert” dans son ancienne demeure 
(DR).

Septembre 1939, Jean Gabin mobilisé dans la marine nationale à Cherbourg (© photo famille Moncorgé).

Septembre 1939, Jean Gabin mobilisé dans la marine nationale à Cherbourg (© photo famille Moncorgé).
 

La Marie du port - 1950. Le tournage se déroula en grande partie à Port-en-Bessin. De l'enterrement dans les petites ruelles, du café du port (maintenant bien rénové), du chenal à la jetée où les habitants furent quasiment tous employés à la figuration. Les scènes à Cherbourg sont réalisées près du grand Pont Tournant, au cinéma “Le Central” et à la brasserie du “Grand Balcon” propriétés de Chatelard. A la tête des pêcheurs hostiles à la vente aux enchères du chalutier échu au “bourgeois étranger” Chatelard, on retrouve l'excellent second rôle Julien Carette, qui fut le fidèle équipier de Jean Gabin de la Lison dans la Bête Humaine de Jean Renoir (DR).

La Marie du port - 1950. Le tournage se déroula en grande partie à Port-en-Bessin. De l'enterrement dans les petites ruelles, du café du port (maintenant bien rénové), du chenal à la jetée où les habitants furent quasiment tous employés à la figuration. Les scènes à Cherbourg sont réalisées près du grand Pont Tournant, au cinéma “Le Central” et à la brasserie du “Grand Balcon” propriétés de Chatelard. A la tête des pêcheurs hostiles à la vente aux enchères du chalutier échu au “bourgeois étranger” Chatelard, on retrouve l'excellent second rôle Julien Carette, qui fut le fidèle équipier de Jean Gabin de la Lison dans la Bête Humaine de Jean Renoir (DR).

 

Le 3 septembre 1939, il est mobilisé dans la marine nationale à Cherbourg. C'est encore la drôle de guerre et il obtient une permission exceptionnelle pour terminer le film Remorques avec Michèle Morgan. Ils ont une brève idylle. Le 2 février 1941, refusant de tourner pour les Nazis pendant l'occupation, il s'expatrie à Hollywood aux États-Unis où il va retrouver les Français Jean Renoir, Julien Duvivier, Charles Boyer, Jean-Pierre Aumont... Il tourne deux films, Moon tide et The impostor qui ne passeront pas à la postérité, et rencontre Ginger Rogers brièvement puis Marlène Dietrich pendant l'été 1941. Ils resteront amants jusqu’en février 1947. Le 18 janvier 1943, il divorce de sa deuxième épouse Jeanne Mauchain. Déjà très célèbre, il s'engage par patriotisme en avril 1943 dans les Forces navales françaises libres du Général de Gaulle pour libérer son pays. Il participe à la victoire des alliés comme second maître chef du char Le Souffleur du 2ème escadron du régiment blindé des fusiliers marins, intégré dans la 2e division blindée du général Leclerc. Il est décoré de la Médaille militaire et de la Croix de guerre. Il restera toute sa vie très attaché à la marine. En 1945, le « plus vieux chef de char de la France Libre » est démobilisé à l'âge de 41 ans et revient au monde du spectacle. Il a les cheveux blancs.

 


En 1949, il se marie avec Christiane Fournier, dite Dominique, mannequin chez le couturier Lanvin, qui a déjà un fils Jacki et avec qui il a trois enfants : Florence Moncorgé-Gabin (1949), Valérie (1952) et Mathias (1956). En 1950, il tourne La Marie du port, réalisé par Marcel Carné (voir photo).

Christiane Fournier et Jean Gabin (© photo famille Moncorgé).

Christiane Fournier et Jean Gabin (© photo famille Moncorgé).

Jean Gabin en famille à La Moncorgerie pendant le tournage des Vieux de la vieille (© photo famille Moncorgé).

Jean Gabin en famille à La Moncorgerie pendant le tournage des Vieux de la vieille (© photo famille Moncorgé).

En 1951, il est le narrateur de De sac et de corde, une pièce musicale de Léo Ferré et Madeleine Rabereau écrite pour la radio qu'il interprète alors que Léo Ferré dirige l'orchestre et les chœurs de la radio nationale.

En 1952, il tourne Le plaisir, réalisé par Max Olphüls (voir photo).

Il réalise, cette même année, un de ses rêves d'enfant en investissant, jusqu'à ses derniers jours, toute sa fortune dans le domaine de « La Pichonnière », situé sur la commune de Bonnefoi, rattachée au canton de Moulins-la-Marche, dans l'Orne, en Normandie, sur lequel il fait construire « La Moncorgerie ». Il se lance dans l'élevage de près de trois cents bovins et d'une écurie d'une quinzaine de chevaux de course pour assouvir sa passion pour l'élevage de chevaux. Il renoue en 1954-1955 avec le succès grâce à Touchez pas au grisbi de Jacques Becker, L'air de Paris de Marcel Carné et French Cancan de Jean Renoir en 1955. C'est la rencontre avec Michel Audiard, qui deviendra son ami et sera, avec ses dialogues, pour beaucoup dans le succès de ses films à venir, à commencer par Gas-oil de Gilles Grangier. En 1960, il est promu Officier de la Légion d'honneur sur le plateau où il tourne Les vieux de la vieille de Gilles Grangier.
 

Grangier lui avait fait fabriquer un siège "herbager", note d'humour relative à sa nouvelle fonction d'agriculteur (© photo famille Moncorgé).

Grangier lui avait fait fabriquer un siège "herbager", note d'humour relative à sa nouvelle fonction d'agriculteur.(© photo famille Moncorgé).

 

 

La Pichonnière (© photo famille Moncorgé). La Moncorgerie (© photo famille Moncorgé).
La Pichonnière. Situé sur la commune de Bonnefoi, dans l’Orne (© photo famille Moncorgé). La Moncorgerie (© photo famille Moncorgé).

Jean Gabin avec ses trotteuses (© photo famille Moncorgé).

Jean Gabin avec ses trotteuses (© photo famille Moncorgé).

Un singe en hiver - 1962. Ce fut la commune de Villerville près de Trouville (Calvados) qui prit le nom de Tigreville, site principal du roman d'Antoine Blondin et, c'est au marché aux poissons de Trouville que Jean Gabin (Albert Quentin) vient faire ses provisions pour son restaurant. Situé dans la grand'rue de Villerville, l'hôtel Le Stella alors désaffecté fut rénové, mais n'exista que pour la durée du tournage. C'est à la gare de Deauville qu'arrive et repart en "Micheline" Gabriel Fouquet (Jean-Paul Belmondo). Quant au cabaret des libations mémorables (décor de Robert Cloavel), il fut construit sur la corniche d'Houlgate, difficilement accessible après un escalier interminable, sorte de bungalow en contreplaqué tenu par Georgina, patronne exotique qui fabrique un saké explosif.  Notons dans la distribution, la présence d'un célèbre chansonnier normand d'alors, André Dalibert, né à Sourdeval-la-Barre (Manche) en 1908. Animateur, chanteur patoisant et acteur secondaire, il fut à l'origine de la Foire Exposition de Caen. Dans un singe en hiver, il joue Maurice, le brigadier chef de Tigreville qui met fin aux espagnolades de Jean-Paul belmondo. On le retrouvera dans de petits rôles auprès de Jean Gabin (Le Président, Les vieux de la vieille, Maigret voit rouge ou Archimède le clochard). Il décède à Grainville-sur-Odon en 1997 (DR).

Un singe en hiver - 1962. Ce fut la commune de Villerville près de Trouville (Calvados) qui prit le nom de Tigreville, site principal du roman d'Antoine Blondin et, c'est au marché aux poissons de Trouville que Jean Gabin (Albert Quentin) vient faire ses provisions pour son restaurant. Situé dans la grand'rue de Villerville, l'hôtel Le Stella alors désaffecté fut rénové, mais n'exista que pour la durée du tournage. C'est à la gare de Deauville qu'arrive et repart en "Micheline" Gabriel Fouquet (Jean-Paul Belmondo). Quant au cabaret des libations mémorables (décor de Robert Cloavel), il fut construit sur la corniche d'Houlgate, difficilement accessible après un escalier interminable, sorte de bungalow en contreplaqué tenu par Georgina, patronne exotique qui fabrique un saké explosif.
Notons dans la distribution, la présence d'un célèbre chansonnier normand d'alors, André Dalibert, né à Sourdeval-la-Barre (Manche) en 1908. Animateur, chanteur patoisant et acteur secondaire, il fut à l'origine de la Foire Exposition de Caen. Dans un singe en hiver, il joue Maurice, le brigadier chef de Tigreville qui met fin aux espagnolades de Jean-Paul belmondo. On le retrouvera dans de petits rôles auprès de Jean Gabin (Le Président, Les vieux de la vieille, Maigret voit rouge ou Archimède le clochard). Il décède à Grainville-sur-Odon en 1997 
(DR).
 

En 1962, il tourne Un singe en hiver avec Jean-Paul Belmondo, réalisé par Henri Verneuil (voir photo).
Dans la nuit du 27 au 28 juillet 1962, sept cents agriculteurs encerclent son domaine familial normand de « La Pichonnière » pour protester contre la centralisation des terres, en exigeant la location de certaines fermes à de jeunes éleveurs en difficulté. Ils se servent d'un conflit ouvert avec le célèbre acteur pour médiatiser leurs problèmes du monde agricole. Cette situation a profondément bouleversé et blessé à vie l'intéressé, qui s'est senti rejeté par la communauté paysanne normande dont il avait profondément pris à cœur de faire partie (voir à ce sujet, l'article Jean Gabin, paysan normand publié dans Patrimoine Normand n°86).
 

La horse - 1969. Tourné dans un immense corps de ferme de la Manche, toutes les scènes extérieures se déroulent dans les superbes paysages proches des Marais de Carentan. Plusieurs plans ont été réalisés à Crépon, petit village du Calvados, entre Creully et Arromanches, devant le café et l'église : les dealers dans leur voiture américaine chercheront la route de la ferme des "Maroilleur". Quant aux scènes de confrontation entre le juge Pierre Dux et Jean Gabin, tout se passe au Tribunal de Caen (extérieurs et intérieurs). Jean Gabin retrouvera le réalisateur Pierre Granier Deferre en 1971, dans Le chat avec Simone Signoret d'après Simenon (DR).

La horse - 1969. Tourné dans un immense corps de ferme de la Manche, toutes les scènes extérieures se déroulent dans les superbes paysages proches des Marais de Carentan. Plusieurs plans ont été réalisés à Crépon, petit village du Calvados, entre Creully et Arromanches, devant le café et l'église : les dealers dans leur voiture américaine chercheront la route de la ferme des "Maroilleur". Quant aux scènes de confrontation entre le juge Pierre Dux et Jean Gabin, tout se passe au Tribunal de Caen (extérieurs et intérieurs). Jean Gabin retrouvera le réalisateur Pierre Granier Deferre en 1971, dans Le chat avec Simone Signoret d'après Simenon (DR).

Il crée en 1963 avec Fernandel la société de production Gafer pour son film L'âge ingrat qu'il interprète avec ce dernier. En 1969, il tourne La horse, réalisé par Pierre Granier-Deferre. Le 15 novembre 1976, alors qu'il vient juste de décider la vente de son domaine normand de « La Pichonnière », il meurt d'une leucémie à l'âge de 72 ans à l'Hôpital américain de Neuilly-sur-Seine. Il avait déjà eu une alerte en 1973 lors du tournage de Deux hommes dans la ville de José Giovanni. C'est à Brest, le 19 novembre 1976, qu'en présence de son épouse, d'acteurs et personnalités, dont Alain Delon, se déroule une cérémonie simple et solennelle à bord de l'Aviso Détroyat. Ses cendres sont dispersées en mer d'Iroise, à 20 miles de Brest, au sud de la chaussée des Pierres-Noires, selon ses dernières volontés. En 1981, le « Monde du Cinéma » lui rend hommage en créant le Prix Jean Gabin, récompense décernée depuis, tous les ans, aux meilleurs espoirs masculins du cinéma français. En 1987, un César d'honneur lui est remis à titre posthume. En 1992, Mériel, la commune de son enfance, a ouvert un musée qui lui est dédié. La place Jean Gabin a été inaugurée à Paris en 2008.
 

Le plaisir - 1952. La petite gare où descendent les pensionnaires de la maison Tellier pour assister à la communion est celle de Cahan près de Pont-Erambourg (à la limite de l'Orne et du Calvados), située à l'époque sur la ligne Pont-d'Ouilly-Flers. L'équipe du film prit ses quartiers dans le manoir de "La Hiaule" (toujours existant) sur la commune de Pontécoulant (Calvados), et bien que l'on ne voit jamais le château à l'écran (sauf son pigeonnier), toutes les scènes champêtres furent tournées tout à l'entour. Max Ophüls adorait cette région pour “la douceur de ses vallonements”. Le pré où Jean Gabin tente un amour qui restera platonique avec Danièle Darrieux, tandis que les dames cueillent des fleurs artificielles, est resté à l'identique. La scène extérieure de la communion solennelle se déroule dans le pittoresque village de la Chapelle Engerbold (près de Pontécoulant) où les habitants en costumes d'époque processionnent autour de la petite église. Le curé d'alors, refusant que des caméras rentrent à l'intérieur de l'édifice, l'église fut reconstituée aux studios de Joinville dans des proportions beaucoup plus démesurées, ce qui donne à la cérémonie proprement dite, un caractère plus "cathédrale que rural". Jean-Gabin qui devait promener les pensionnaires de la Maison Tellier en charette à travers le bocage ne put apprivoiser les chevaux rétifs et fut doublé par un habitant de la Chapelle Engerbold (DR). Maigret et l'affaire Saint-Fiacre d'après le roman de Georges Simenon, avec Jean Gabin (Maigret), Valentine Tessier (la comtese de Saint-Fiacre), Michel Aumont et Robert Hirsch. Maigret enquête en eaux troubles sur les lieux de son enfance après la mort de la Comtesse, prévenue quelques jours plus tôt par une lettre anonyme. La ville de Vernon (Eure) servit de décor au tournage, le réalisateur résidait non loin de là au village de Guernay (Eure et Loire)
Le plaisir - 1952. La petite gare où descendent les pensionnaires de la maison Tellier pour assister à la communion est celle de Cahan près de Pont-Erambourg (à la limite de l'Orne et du Calvados), située à l'époque sur la ligne Pont-d'Ouilly-Flers. L'équipe du film prit ses quartiers dans le manoir de "La Hiaule" (toujours existant) sur la commune de Pontécoulant (Calvados), et bien que l'on ne voit jamais le château à l'écran (sauf son pigeonnier), toutes les scènes champêtres furent tournées tout à l'entour. Max Ophüls adorait cette région pour “la douceur de ses vallonements”. Le pré où Jean Gabin tente un amour qui restera platonique avec Danièle Darrieux, tandis que les dames cueillent des fleurs artificielles, est resté à l'identique. La scène extérieure de la communion solennelle se déroule dans le pittoresque village de la Chapelle Engerbold (près de Pontécoulant) où les habitants en costumes d'époque processionnent autour de la petite église. Le curé d'alors, refusant que des caméras rentrent à l'intérieur de l'édifice, l'église fut reconstituée aux studios de Joinville dans des proportions beaucoup plus démesurées, ce qui donne à la cérémonie proprement dite, un caractère plus "cathédrale que rural". Jean-Gabin qui devait promener les pensionnaires de la Maison Tellier en charette à travers le bocage ne put apprivoiser les chevaux rétifs et fut doublé par un habitant de la Chapelle Engerbold (DR). Pour conclure, nous citerons trois autres films où la Normandie apparaît brèvement : d'abord, deux réalisations de Jean Delannoy tournées en 1959-1960, : Maigret et l'affaire Saint-Fiacre d'après le roman de Georges Simenon, avec Jean Gabin (Maigret), Valentine Tessier (la comtese de Saint-Fiacre), Michel Aumont et Robert Hirsch. Maigret enquête en eaux troubles sur les lieux de son enfance après la mort de la Comtesse, prévenue quelques jours plus tôt par une lettre anonyme. La ville de Vernon (Eure) servit de décor au tournage, le réalisateur résidait non loin de là au village de Guernay (Eure et Loire) (DR).
Le baron de l'Ecluse d'après une nouvelle, également de Simenon, avec Jean Gabin (le Baron Jérôme Antoine) et Micheline Presle. Le baron Jérôme Antoine, aristocrate ruiné, vit d'expédients sous des apparences d'existence fastueuse. Il gagne un yacht au casino qu'il reperdra aussitôt. Acquéreur d'une péniche, il s'embarque sur les canaux du Nord, avec une femme excentrique, ancien amour de son époque luxueuse. Ils se retrouveront bloqués dans une écluse en Champagne, à nouveau sans le sou. Tout le début du film se déroule dans les hôtels, le casino et les extérieurs dans la station balnéaire de Deauville (DR). Sous le Signe du Taureau, réalisé en 1969 avec Jean Gabin (Raynal), Suzanne Flon (Christine), Alfred Adam. Raynal, directeur d'une usine aéronautique vient d'achever un prototype de fusée qui explosera lors d'un essai. La faillite l'atteint, ses amis et sa famille l'abandonnent. Il part s'isoler en Normandie au bord du gouffre mais Christine, son épouse, viendra le retrouver et l'aidera à poursuivre ses recherches. Quelques scènes furent tournées dans le hall de la gare de Rouen et, les bureaux du journal local "Paris Normandie". C'est à Deauville qu'il trouvera refuge (DR).
Le baron de l'Ecluse d'après une nouvelle, également de Simenon, avec Jean Gabin (le Baron Jérôme Antoine) et Micheline Presle. Le baron Jérôme Antoine, aristocrate ruiné, vit d'expédients sous des apparences d'existence fastueuse. Il gagne un yacht au casino qu'il reperdra aussitôt. Acquéreur d'une péniche, il s'embarque sur les canaux du Nord, avec une femme excentrique, ancien amour de son époque luxueuse. Ils se retrouveront bloqués dans une écluse en Champagne, à nouveau sans le sou. Tout le début du film se déroule dans les hôtels, le casino et les extérieurs dans la station balnéaire de Deauville (DR). Sous le Signe du Taureau, réalisé en 1969 avec Jean Gabin (Raynal), Suzanne Flon (Christine), Alfred Adam. Raynal, directeur d'une usine aéronautique vient d'achever un prototype de fusée qui explosera lors d'un essai. La faillite l'atteint, ses amis et sa famille l'abandonnent. Il part s'isoler en Normandie au bord du gouffre mais Christine, son épouse, viendra le retrouver et l'aidera à poursuivre ses recherches. Quelques scènes furent tournées dans le hall de la gare de Rouen et, les bureaux du journal local Paris Normandie. C'est à Deauville qu'il trouvera refuge (DR).


Nous remerçions chaleureusement les enfants de Jean Gabin, Florence et Mathias Moncorgé-Gabin, pour leur aide précieuse !
 

Laurent Corbin, rédacteur en chef de Patrimoine Normand, en compagnie de Tina et Florence, petite-fille et fille de Jean Gabin, au Cabaret Normand à Villerville (© Patrimoine Normand).

Laurent Corbin, rédacteur en chef de Patrimoine Normand, en compagnie de Tina et Florence, petite-fille et fille de Jean Gabin, au Cabaret Normand à Villerville (© Patrimoine Normand).

 

Bibliographie
 
- Gabin hors champ, par Florence Moncorgé-Gabin et Mathias Moncorgé Gabin, Éditions Michel Lafon, 2004.
- Jean Gabin, Éditions Didier Carpentier.
- Jean Gabin, paysan normand. par Thierry Georges Leprévost, Patrimoine Normand n°86.
 

 




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