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Le cycle arthurien de Chrétien de Troyes : une histoire normande

Jeudi 31 Janvier 2008
Le cycle arthurien de Chrétien de Troyes : une histoire normande

Forêt d’Écouves. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand).


Extrait Patrimoine Normand n°33.
Par Thierry Georges Leprévost.

 

Une forêt inextricable, empreinte de mystère, peuplée d’êtres marginaux, inconnus, inquiétants. Des rivières tumultueuses, des lacs aux eaux insondables. Des châteaux maléfiques, d’inexpugnables forteresses à la sinistre réputation, cernées de murs lisses, hérissées d’orgueilleuses tours prisons aux profondes oubliettes, avec des souterrains et des puits sans fond. Des seigneurs puissants, cruels et redoutés. Des chevaliers félons, méprisables traîtres. Une diabolique empoisonneuse. De petits nobles droits et vertueux. Un roi juste, érudit, craint et respecté. Une reine subtile, cultivée, adultère, capricieuse et volage, provocante et désirée. De solides guerriers, des batailles, des combats singuliers, des héros, des héroïnes, l’aventure, l’ombre de la mort, la mort. Une foi inébranlable, omniprésente. De prolixes conteurs : trouvères et jongleurs, pour écrire et narrer la prouesse et l’amour. Autant d’ingrédients présents au sud de la Normandie des XIe et XIIe siècles, qui nourriront le talent débordant d’imagination du premier vrai romancier de la littérature médiévale : Chrétien de Troyes, le plus horsain des auteurs normands.

La forêt

Ou plutôt les forêts ; celles de Bellême, de Perseigne, d’Écouves, des Andaines et de la Lande-Pourrie, couvrent encore de leur chape de verdure le dense réseau sylvestre aux marches du vieux duché de Normandie. La forêt ! Élément essentiel de l’univers médiéval, elle est tout à la fois frontière naturelle, source de revenus et siège de tous les fantasmes. Tout comme la mer, elle baigne l’être humain de son liquide amniotique, l’enfante, le berce, le terrorise ou le rassure, l’envoûte assurément. On y chasse le cerf, le chevreuil, le daim, le sanglier et le loup. C’est le loisir préféré du seigneur, et même après sa mort, si l’on en croit l’antique légende de la Chasse Hennequin, ce courre interminable du roi et de sa mesnie qui errent pour l’éternité à la poursuite d’un improbable apaisement. On y braconne, on y pend. On y envoie les porcs à la glandée, en vertu d’un privilège ducal, le droit de pacage, accordé aux monastères ou aux paroisses. On en exploite la haute et la moyenne futaie pour construire maisons et bateaux, pour charpenter églises et châteaux, pour alimenter les forges construites en lisière ou en clairière. La révolution cistercienne n’est pas encore arrivée jusqu’ici, qui à partir du XIIIe siècle déroulera ses essarts, ses vastes zones défrichées à l’activité agricole. Pour l’heure, la forêt est le do...

 

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