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Zabeth : le pari fou du libraire cherbourgeois

Jeudi 31 Janvier 2008
Zabeth : le pari fou du libraire cherbourgeois

En rééditant Zabeth, Philippe Le Lanchon tient un pari un peu fou : celui de mettre à la disposition d’un large public une authentique littérature en normand. (Photo Pierre Rique © Patrimoine Normand)


Extrait Patrimoine Normand n°42.
Par Pierre Rique.

 

« Quand Tiennot fut sorti, Zabeth qu’avait quasiment touot ouï, amountit byin vite dauns sa chaumbre et se jetit sus sen llit pouor y gimaer touot sen laisyi. Ainchi, sen père arraungeait touot, c’mmaundait touot, même chen’chin… Des chentaines et des chentaines de vergies de terre… Dauns la paositioun que je soummes… »

Ces lignes furent publiées pour la première fois en 1969. Son auteur, André Louis (1), signait avec Zabeth le tout premier roman entièrement rédigé en langue normande. En le rééditant, Philippe Le Lanchon tient un pari un peu fou : celui de mettre à la disposition d’un large public une authentique littérature en normand.

Ce n’est pas seulement un roman en langue normande, précise-t-il. C’est aussi un texte magnifique, un des plus beaux romans de terroir qui existent. Le terroir est une veine à la mode, mais bien peu d’auteurs ont su, comme André Louis, en retracer tous les caractères, s’imprégner de cette région (2) qu’il connaissait si bien, et être capables de la transcrire dans son texte en respectant les personnages, les mentalités, les mœurs, et ces particularismes si précis du Cotentin (3).

« Tiennot dréchit l’ollière.

- « Nennin… Je ne peus paé faire chenna… Touot seu… Ichin… N’y a qu’à l’hopita…

- Ah ! Paé, Moussieu Malouésé ! Ma bouogeouése n’est paé malade à chu poent de l’enviaer à l’hopita. Olle était debouot enco à matin… Même qu’o me disait qu’o n’avait ma nulle part…

- Dreit justenément !… Lli coumme mei, no ne peu paé savi ou juste chenna qu’i y a. Là-bas, ieux, i verrount du premyi couop et amprès, quaund no saura, no la souégn’na… Et no la guérira par sacré bougre … !

(Zabeth, pages 42-43)

Ce qui m’anime, c’est mon amour du livre, et l’amour de ma région. C’est ma volonté de permettre aux amateurs de redécouvrir les plus grands textes de leur patrimoine littéraire national, et régional, car les Normands ont fait beaucoup pour la littérature.

Zabeth à l'honneur en vitrine à Librairie Philippe Le Lanchon, à Cherbourg. (Photo Pierre Rique © Patrimoine Normand.)

Zabeth à l'honneur en vitrine à Librairie Philippe Le Lanchon, à Cherbourg. (Photo Pierre Rique © Patrimoine Normand.)

Dès qu’un éditeur se prend de passion pour un auteur - c’est toujours un peu ça, une histoire d’amour, d’atomes crochus entre un auteur, son projet, et l’éditeur qui va le faire connaître au public - il faut prévoir tout le respect du droit moral de l’auteur, car il est l’unique détenteur de son œuvre. L’éditeur n’est que la courroie de transmissions qui permet au public d’accéder à cette œuvre.

Ouvrages auteurs Normands © Patrimoine Normand

© Patrimoine Normand

Des paris fous, Philippe Le Lanchon en est coutumier. En 1998, il renoue avec une tradition obsolète du XIXe siècle : celle du libraire-éditeur, un titre qu’il affiche ostensiblement sur sa vitrine cherbourgeoise de la rue des Portes. Objet de sa première publication : les œuvres complètes de Marie Ravenel, une femme-poète célèbre en son temps. Suivront celles d’Alfred Rossel - encore un poète, et déjà un ouvrage en normand ! - deux livres de Charles Birette, et deux études historiques sur Cherbourg. Et enfin, Zabeth. Rien que des rééditions, mais ce n’est qu’un début :

- J’ai signé beaucoup de contrats avec des auteurs contemporains qui vont m’occuper à 100 %, et je ne pourrai plus me consacrer à la librairie comme il le faudrait. Je suis obligé de faire un choix. Il faut que je puisse vaquer uniquement à mes occupations d’éditeur, tant sur la construction du livre avant de le finaliser, que pour le mettre sur les tables et dans les vitrines des librairies. Je distribuerai les livres moi-même, du moins au début, dans les librairies de Normandie… et de France. Il y aura aussi des livres sur l’histoire des noms de famille, de la langue, et des livres de photos sur la région. J’accorderai une part très importante à la fiction, à la littérature pure.

La fiction ! Encore un défi. Toutefois, il n’envisage pas de publier de la poésie contemporaine, genre plus difficile ; ni du théâtre.

- J’éditerai aussi des essais, des ouvrages d’histoire, et d’autres destinés au grand public, notamment cette année un album pour enfants sur le Mont Saint-Michel.

On l’aura compris : ce natif de Fermanville aime la Normandie. Il suffit de regarder sa vitrine pour s’en convaincre. Bientôt, l’espèce du libraire-éditeur, ranimée quelques années par sa seule volonté, va se remettre en sommeil. Cherbourg va perdre une librairie ; la Normandie trouve un nouvel éditeur. Le patrimoine régional, c’est certain, a tout à y gagner.
 

Zabeth d'André Louis - 159 pagesZabeth d'André Louis - 159 pages
Début de Zabeth :
 
Cha achânait. Des paélaées d’iaô cllaquaient su le mun. No-z- entendait le vent ouinaer dauns les arbres coumme si les set diablles s’étaient happaé la quoue. Du vent de surouêt : cha fouëdrâlait de partouot. Eun temps à ne paé mette eun tchyin dehors. Et d’aveu cha, cha qui tumbait n’était brin caôd. Dame… Ch’est que j’étiouns déjà byin avaunchis dauns l’arrire.  J’appréchiouns de Noué et la freid n’allait paé tergyi à ch’t heu maisi… Fallait paé préchi de sorti dé chu temps-là car, si byin annichis qué no seit, il y airait dé d’quei y être puraunt, ryin qué lé temps de saôter jusqu’à la brèche de la couor, ch’est pouorqui !
 
 
1) Enseignant amoureux de sa langue normande maternelle, André Louis fut avec Fernand Lechanteur l’un des fondateurs de la revue ethnographique Parlers et traditions populaires de Normandie, devenue le trimestriel Le Viquet. Il fut aussi président de la Société Alfred Rossel, et l’un des créateurs de l’Université Populaire du Nord-Cotentin. André Louis est décédé en 1999.
2) L’action de Zabeth se situe dans le Nord-Cotentin.
3) Zabeth reçut en 1971 le « Prix Littéraire du Cotentin ».

 


Retrouvez l'article intégral dans la version papier de PATRIMOINE NORMAND (n°42, mai-juin-juillet 2002).
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