Patrimoine normand

La prise du Château-Gaillard

Mercredi 9 Octobre 2013
La prise du Château-Gaillard

Château-Gaillard. Le château depuis le nord. Les « bouches inutiles » errèrent trois mois, en plein hiver, dans le vallon que l'on aperçoit au premier plan. (© Stéphane William Gondoin)


Stéphane William Gondoin

Extrait Patrimoine Normand n°87.
Par Stéphane William Gondoin.

 
L'empire Plantagenêt sur le continent (en marron) et les terres propres du roi de France (en doré). Les comtés de Toulouse et d'Auvergne sont disputés entre les deux partis. (© Patrimoine Normand)
L'empire Plantagenêt sur le continent (en marron) et les terres propres du roi de France (en doré). Les comtés de Toulouse et d'Auvergne sont disputés entre les deux partis. (© Patrimoine Normand)

À l'été 1203, le roi de France Philippe Auguste se présente à la tête de ses armées devant le complexe fortifié des Andelys, dominé par la silhouette massive du Château-Gaillard. Construit peu auparavant par Richard Cœur de Lion, ce géant minéral passe pour imprenable.

En 911, le roi des Francs Charles le Simple octroie au chef viking Rollon les terres situées « depuis le fleuve Epte jusqu'à la mer ». La nouvelle principauté, que l'on nomme Normandie, s'agrandit au fil des décennies et son influence augmente proportionnellement. Au cours de l'année 1066, le duc Guillaume le Bâtard traverse la Manche et s'empare de la couronne anglaise. Cet événement capital bouleverse tout l'équilibre géopolitique du nord-ouest de l'Europe : le duc de Normandie est désormais plus puissant que son suzerain, le roi de France. Cette situation paradoxale ne peut qu'engendrer haine, jalousie et conflits en tous genres.

Le déséquilibre des forces en présence s'aggrave encore au XIIe siècle. Par héritage, mariage ou guerre, Henri II Plantagenêt, descendant du Conquérant, se retrouve maître des îles Britanniques, de la Normandie, du Maine, de l'Anjou, de la Bretagne et de l'Aquitaine. Rien que ça ! Insatiable, il lorgne en prime vers les comtés d'Auvergne et de Toulouse. Face à cette énorme entité territoriale, que les historiens modernes appellent l'Empire plantagenêt, les monarques capétiens ne disposent que des ressources de leur maigre domaine. Senlis, Paris, Sens, Orléans et Bourges en sont les villes principales. Mais la royauté confère à la dynastie francilienne un statut particulier : ses membres restent les suzerains des Plantagenêts pour leurs possessions continentales et se mêlent à ce titre aussi fréquemment que possible de leurs affaires.

Tout au long de son règne, Louis VII le Jeune (1137-1180) montre qu'il n'est pas de taille à lutter. Son fils et successeur, Philippe Auguste, est d'une autre trempe. Dès son accession au trône, il s'emploie à lézarder l'empire ennemi. Sachant se montrer patient, il joue intelligemment des disputes permanentes opposant le vieux Plantagenêt et ses rejetons indisciplinés. À la mort d'Henri II en 1189, c'est son fils Richard qui lui succède.

Gisant de Richard Cœur de Lion dans la cathédrale de Rouen. Son cœur fut donné à la métropole normande. (© Stéphane William Gondoin)

Gisant de Richard Cœur de Lion dans la cathédrale de Rouen. Son cœur fut donné à la métropole normande. (© Stéphane William Gondoin)

Naissance d'une place frontière

Sur les champs de batailles, Richard gagne le surnom de Cœur de Lion. Voilà bien une figure de légende, haute en couleur et forte en gueule, archétype de ces grands seigneurs irascibles de l'époque féodale ! Animé d'un courage à toute épreuve, qui s'apparente souvent à de la témérité, voire à de l'inconscience, l'homme se révèle teigneux et dégaine volontiers l'épée pour foncer tête baissée dans les bagarres. Comme par plaisir ! Jamais Philippe Auguste ne parvient à réellement contrecarrer ses plans, ni à ébranler sa puissance. Humilié par le Plantagenêt durant la troisième Croisade, régulièrement battu en champ ouvert, le Capétien se con...

 

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