Patrimoine normand

Olivier Basselin, l’enigmatique poète virois

Jeudi 31 Janvier 2008
Olivier Basselin, l’enigmatique poète virois

À gauche : Maison dite d’Olivier Basselin, sur le cours de la Vire. À droite : la Vire est encaissée dans un plateau granitique de 200 mètres d’altitude. (© Thierry Georges Leprévost.)


Thierry Georges Leprévost

Extrait Patrimoine Normand n°48.
Par Thierry Georges Leprévost.

 

Donjon médiéval de Vire, vestige du château construit au XIIe siècle par Henri Ier Beauclerc, duc de Normandie et roi d’Angleterre, le plus jeune des fils de Guillaume le Conquérant. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)
Donjon médiéval de Vire, vestige du château construit au XIIe siècle par Henri Ier Beauclerc, duc de Normandie et roi d’Angleterre, le plus jeune des fils de Guillaume le Conquérant. 
(Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

Faisant l’amour,
e ne sçaurais rien dire
Ni rien chanter, sinon en vau-de-vire :
Ce serait trop une fille abuser.
Moi, j’aime mieux boire un coup que baiser.

(Olivier Basselin)

Impossible d’évoquer Oli­vier Basselin sans tenir compte, d’une part d’un événement, d’autre part d’un homme de son temps ; deux réalités auxquelles il est intimement lié, c'est-à-dire la Guerre de Cent Ans, dont on a cru qu’elle avait causé la perte du poète, et Jean Le Houx, l’éditeur virois qui a fait passer son œuvre à la postérité. Si l’une comme l’autre ont con­couru à forger sa légende, à façonner son aura de poète mystérieux, on est conduit à se poser en corollaire deux ques­tions essentielles : Basselin a-t-il été victime de l’occupation anglaise ? Et… a-t-il jamais existé ?!

 

L’ambiguïté du personnage

D’Olivier Basselin, on connaît surtout l’œuvre… et le nom, à l’instar de ses prédécesseurs médiévaux. Bien que ces derniers fussent parfois anonymes : c’est le cas par exemple des auteurs de La vie de saint Eustache, de la Légende de Robert le Diable, ou de la majeure partie du Roman de Renart1 . Les chroniqueurs et romanciers laissaient leur nom, et aussi quel­ques in­formations glissées çà et là au gré de leurs œuvres. C’est ainsi qu’on sait que Turold a signé la Chanson de Roland2, que Chrétien de Troyes écrivait pour Marie de Cham­pagne et Philippe de Flandre3, et Wace pour Aliénor d’Aquitaine et Henri Planta­genêt.

Au XVe siècle, Olivier Basselin demeure fort discret sur lui-même. Ses écrits ne seront diffusés que le siècle suivant, par les soins attentifs de l’avocat virois Jean Le Houx, qui mourra en 1616. Lui-même poète à ses heures, il s’est permis d’enrichir de ses propres créations celles d’Olivier Basselin, de sorte qu’on a longtemps avancé que ce dernier n’avait jamais existé, et que Jean Le Houx avait écrit toutes les chansons du recueil publié ! Outre qu’on ne voit pas très bien en ver...
 


1) Sur le Roman de Renart, lire Patrimoine Normand n°41.
2) Sur la Chanson de Roland, Patrimoine Normand n°46.
3) Sur les romans de Chrétien de Troyes, Patrimoine Normand nos 33 et 35

 

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