Patrimoine normand

Portraits de Guillaume le Conquérant

Jeudi 31 Janvier 2008
Portraits de Guillaume le Conquérant

Portrait de Guillaume le Conquérant par St-Martin-de-Fontenay, huile sur bois de 1708, copie présumée de celui qui a été peint en 1522 et détruit quarante ans plus tard. (Photo Henri Gaud, avec l’aimable autorisation des éditions Gaud)


Thierry Georges Leprévost

Extrait Patrimoine Normand n°63
Par Thierry Georges Leprévost.
 
La Bataille d'Hastings, esquisse peinte de François Hippolyte Debon, 1844 (Collection du musée des Beaux-Arts de Caen).
La Bataille d'Hastings, esquisse peinte de François Hippolyte Debon, 1844. (© Collection du musée des Beaux-Arts de Caen).

Guillaume de Normandie, Guil­laume le Conquérant... Ce nom évocateur fait surgir en nous les images d’un duché prospère, d’églises et de monastères, de bateaux et de batailles. Mais dès qu’il s’agit de mettre un visage sur le nom du septième duc de Normandie, chacun de nous apporte sa version personnelle : les portraits de Guillaume sont le thème d’une exposition vi­sible au Musée de Normandie jusqu’à fin septembre 2007. Une initiative originale riche d’enseignements.

À quoi pouvait-il bien ressembler, le plus célèbre des Normands ? De notre duc, aucun portrait réaliste ne nous est parvenu, et pour cause : ce n’était pas l’usage alors de reproduire trait pour trait le visage des grands de ce monde. Aussi les représentations qui nous sont parvenues relèvent-elles d’une pure convention propre à l’épo­que médiévale.

L’archéologie nous a livré quel­ques pièces intéressantes qui datent de son époque : un sceau de 1069, des deniers à son effigie, des enluminures, et bien entendu la fameuse Tapisserie de Bayeux qui nous le montre à maintes reprises. Hélas, aucun de ces « portraits » n’est plus crédible l’un que l’autre. Ils représentent la fonction du prince, porteur des attributs du pouvoir, et non sa personne. Son profil sur une pièce de monnaie n’offre pas plus de gage d’au­thenticité que sa posture en majesté dans une initiale de manuscrit, et rien n’empêchait de le montrer en roi d’Angleterre sous le même aspect que son prédécesseur, l’usurpateur Ha­rold !

Deux monnaies de Guillaume, deniers frappés en Angleterre, vers 1068, Musée des Antiquités de Rouen. (­­© Yohann Deslandes)

Deux monnaies de Guillaume, deniers frappés en Angleterre, vers 1068, Musée des Antiquités de Rouen. (­­© Yohann Deslandes)

Alors, il reste aux artistes de toutes époques la liberté d’interpréter selon leur propre imagination le visage du septième duc de Normandie, en s’inspirant peu ou prou des rares textes qui l’évoquent. On sait ainsi que « Guillaume était d’une taille supérieure à la moyenne mais non excessive », et aussi « de corpulence large et robuste ». Des précisions sur son caractère suggèrent leur expression physique : capable d’une « in­vincible patience », « il avait amassé dans son cœur d’enfant une force virile » ; « sa voix était rauque, il parlait beaucoup avec exubérance ».

L’exhumation de son corps en 1522 à la demande des légats du pape par l’abbé de Saint-Étienne de Caen, Charles de Martigny, aurait révélé des restes embaumés remarquablement conservés qui ont donné lieu à un portrait réputé très fidèle, peint par un artiste de renom. Malheureusement, même en retenant cette hypothèse optimiste, la toile a été détruite par les protestants en 1562 (et le tombeau pillé et les restes dispersés, à l’exception d’un fémur), et l’on n’en possède plus qu’une « réplique » de 1708 due à St-Martin de Fontenay, où Guillaume ressemble étrangement à son descendant Henri VIII d’Angleterre ! Cette œuvre n’en a pas moins servi de modèle ou d’inspirateur pour bon nombre de représentations graphiques du Conquérant, jus­qu’au XIXe siècle, voire au XXe siècle, avec abondance de barbe et de moustaches. Barbu, l’était-il ? Certainement pas dans sa jeunesse, ni même en 1066 ; l’usage ne s’y prêtait pas dans la Normandie du XIe siècle, et la Tapisserie de Bayeux n’aurait pas manqué de mentionner cette particularité si tel avait été le cas, comme elle l’a fait pour d’autres personnages de la Broderie. Mais peut-être a-t-il cédé à la tentation de la pilosité une fois devenu roi d’Angleterre, par imitation de son cousin Édouard le Confesseur… ou au contraire s’est-il braqué sur son phy...

 

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