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L'hêtre pleureur de Bayeux élu arbre de l'année 2023

Jeudi 18 Janvier 2024
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L'hêtre pleureur de Bayeux élu arbre de l'année 2023

Le hêtre pleureur du jardin botanique de Bayeux. (© Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

Le hêtre pleureur du jardin botanique de Bayeux a obtenu le prix du public du concours « L'Arbre de l'année » 2023. Il sera le représentant de la France dans le concours européen. Découvrons son histoire grâce à l'extrait d'un dossier sur le hêtre en Normandie, publié en 1995 dans les colonnes de Patrimoine Normand1.

LE HÊTRE « PLEUREUR » DU JARDIN BOTANIQUE DE BAYEUX. FAGUS SYLVATICA « PENDULA ».

Un peu l'écart des autres grands arbres du parc, dans une sorte de « décrochement » rompant la rectitude du tracé du jardin botanique, le hêtre pleureur est vraiment le joyau de ce très bel ensemble crée par les frères Buhler au milieu du XIXe siècle et ouvert au public le 15 août 1864.

Soutenues par une charpente métallique datant de 1938, ses branches couvrent la superficie circulaire de 1256 m2, ce qui correspond à un rayon moyen de 20 mètres.

La première question que l'on se pose toujours à propos d'un arbre – et à laquelle il est, la plupart du temps, bien difficile de répondre – est : « quel âge a-t-il ? » Si on se réfère aux dates indiquées ci-dessus, il aurait environ 150 ans... S'il a réellement été planté en même temps que les autres arbres du jardin. Mais est-ce les cas ? N'existait-il pas « avant » ? N'a-t-il pas, du fait de son originalité déjà marquée, été inclus dans le parc, ce qui expliquerait sa situation un peu « excentrée » ? Il serait, alors, beaucoup plus vieux ! Peu de documents existent à ce sujet.

On sait, d'une part, qu'il arrivait souvent aux frères Buhler de construire leurs plans de jardins autour de sujets ou constructions (bassin, fontaines…) leur paraissant intéressants. Mais cet arbre n'apparaît sur aucun des plans établis pour la municipalité par M. Delarue, et refusés par les Bâtiments de France. Nulle mention, non plus sur le plan même des frères Bulher. S'il s'était déjà singularise, pourquoi le passer sous silence ?

De sa plantation, pas d'avantage de trace. Les concepteurs avaient à l'origine, prévu plusieurs hêtres pleureurs dans le jardin, Un seul y figure, actuellement, alors que, dans l'allée, on peut admirer ceux qui, fort différents de celui du jardin, datent de sa création.

L'armature métallique pourrait être un indice. On sait que celle qui existe aujourd'hui2 date de 1938, et qu'elle vient en remplacement de la précédente, érigée en 1913. On ignore, par contre, si celle-ci est la première construite. Ce qui est certain, c'est que l'actuelle a strictement – à l'exception des arceaux rajoutés, le dernier en 1975-76 – les mêmes dimensions (hauteur en particulier) que l'ancienne. Le mystère ne semble pas près d'être éclairci…
 

Depuis 2001, l'armature métallique a été remplacée par une structure originale. Les branches ne reposent plus sur des poutres métalliques, mais sont suspendues par des sangles à un filet métallique tenu par quatre mâts, ce qui les rend libres de leurs mouvements. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand) 

Depuis 2001, l'armature métallique a été remplacée par une structure originale. Les branches ne reposent plus sur des poutres métalliques, mais sont suspendues par des sangles à un filet métallique tenu par quatre mâts, ce qui les rend libres de leurs mouvements. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

Autre interrogation : est-ce vraiment un hêtre « pleureur » ?

Si on le compare à un hêtre « pleureur » classique – celui de la Ferme de La Rivière à Littry, par exemple, d'âge « officiel » sensiblement équivalent, on est frappé par la différence qui existe entre leurs deux ports respectifs. Les branches de celui de Littry croissent en hauteur, puis retombent ; celles du hêtre de Bayeux s'allongent horizontalement, prenant appui sur la structure métallique sans laquelle elles traîneraient sur le sol. Le fût du premier prend de la hauteur : la « tête » de l'arbre se distingue aisément. Pas de « tête » visible sur celui de Bayeux, le fût ne s'allonge pas ! Une question s'impose à notre imagination : quelle serait la silhouette actuelle de cet arbre si rien, jamais, n'avais conduit, guidé peut-être gêné ? la croissance de ces branches ? N'aurait-il pas la forme buissonnante et tortueuse des Faux de Verzy (voir photo ci-dessous) ? Ses ramures n'auraient-elles pas cette allure « zigzagante, tire-bouchonnante », ne seraient-elles pas « repliées sur elles-mêmes, se soudant, se traversant, se séparant… » ? Qui peut le dire ?
 

Le hêtre tortillard (ou Fau de Verzy) de l'arboretum d'Harcourt. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand) 

Le hêtre tortillard (ou Fau de Verzy) de l'arboretum d'Harcourt(Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

Hêtre pleureur, Fau de Verzy, forme intermédiaire, espèce indéterminée ? Aucun botaniste ne se prononce avec certitude. Et, comme le dit Régis Gallois, responsable des espaces verts de Bayeux, « c'est bien ainsi » ! Le mystère sied bien à cet arbre d'exception.

Tel qu'il nous apparaît aujourd'hui, en tous cas, les spécialistes qui l'ont soigné à l'automne 1994 affirment qu'il est unique en France, et peut-être même en Europe. Classé Monument Naturel3 le 13 décembre 1932, il est l'objet de soins attentifs de la part de la municipalité de Bayeux. Débarrassé des champignons qui le parasitaient, éclairci légèrement par les élagueurs de l'entreprise De Jonghe de Paris, protégé par une balustrade du piétinement des curieux qui asphyxiait ses racines. Le remplacement de cette structure s'impose. Consciente de l'urgence de cette opération, la Ville de Bayeux a fait établir plusieurs devis dont le coût élevé s'explique par la difficulté et le danger de l'opération ? En effet, des morceaux entiers de charpente s'effondrent spontanément : certains reste partiellement suspendus à l'arbre, « englobés », on pourrait dire « phagocytés » par des branches qu'ils devaient soutenir. Les risques de rupture sont nombreux, tant de la part de l'arbre lui-même que de celle des poutres métalliques. Déjà en 1938, la structure ancienne s'était affaissée en même temps que la nouvelle, et celle qui existe actuellement a dû être érigée « en catastrophe » !

La seule municipalité de Bayeux peut difficilement assumer en totalité un tel coût. Des demandes d'aides sont en cours. Nous espérons qu'une réponse favorable permettra le sauvetage d'un arbre dont le caractère exceptionnel fait de lui non plus seulement une curiosité municipale, ni même régionale, mais aux côtés du Chêne d'Allouville, de nos Ifs millénaires, de l'Aubépine de Saint-Mars-sur-la-Futaie, de l'Oliver de Roquebrune, etc. un membre important de notre patrimoine arboricole national !


1) Un grand normand : le hêtre, par Aline Renault, in Patrimoine Normand n°03, juin 1995.
2) L'armature métallique n'existe plus. Voir photo ci-dessus.
3) Également labellisé « arbre remarquable de France » en 2000.

 

À LIRE :
 
- Un grand normand : le hêtre, par Aline Renault, in Patrimoine Normand n°03, juin 1995 ?.
- Le jardin botanique de Bayeux, par Aline Renault, in Patrimoine Normand n°06, janvier 1996.
- Bayeux : jardin botanique et monument historique !, par Olinda Longuet, in Patrimoine Normand n°68, novembre 2008.
Le hêtre pleureur de Bayeux sera t-il arbre européen de l'année ?, par Rodolphe Corbin, publié le 30 janvier 2024.
 
Informations sur le concours « L'Arbre de l'Année » : https://www.bayeux.fr/
 

Extrait d'article publié dans Patrimoine Normand n°03 (juin 1995), par Aline Renault.


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Commentaires :

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  • Jacques Desmarais dit :
    04/2/2024 à 10h 01min

    A voté

  • Baptiste dit :
    21/1/2024 à 10h 35min

    Arbre magestieu. Récompense amplement merité !

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