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Jules Barbey d’Aurevilly à Valognes - entre les Diaboliques et le Chevalier Des Touches

Jeudi 31 Janvier 2008
Jules Barbey d’Aurevilly à Valognes - entre les Diaboliques et le Chevalier Des Touches

Statue de Barbey d'Aurevilly à Valognes. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)


Thierry Georges Leprévost

Extrait Patrimoine Normand n°49
Par Thierry Georges Leprévost.

 
L’ancienne abbaye bénédictine du XVIIe siècle a été pendant sept ans le collège de Jules Barbey d’Aurevilly. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)
L’ancienne abbaye bénédictine du XVIIe siècle a été pendant sept ans le collège de Jules Barbey d’Aurevilly. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

Si l’on excepte Paris, où il a fait carrière, deux villes ont compté pour Jules-Amédée Barbey d’Aurevilly : Saint-Sauveur-le-Vicomte où il est né en 1808, et Valognes qui a abrité ses premiers émois amoureux, où la fuite du temps l’a ramené tardivement comme vers une vieille maîtresse. A tel point que, après les destructions de 1944, la Versailles normande (qui comptait au Grand Siècle une centaine d’hôtels particuliers) ne cultiverait plus que la nostalgie d’une gloire révolue s’il n’y survivait le souvenir du Connétable des Lettres.

Quand son fils atteint ses huit ans, Théophile Barbey cherche à inscrire Jules-Amédée dans une école militaire royale, sans y parvenir. Il en concevra une éternelle rancune à l’égard d’une Restauration incapable de servir les siens, un dépit que relaiera son fils quand il aura l’âge d’ex­primer ses propres convictions. Jusqu’alors, l’enfant a eu des précepteurs, dont l’abbé de Per­cy qu’il placera sous son vrai nom dans Le chevalier Des Touches1. Pour Théophile et Ernestine, ce n’est plus suffisant. Aussi, en 1818, l’envoient-ils à Valognes, afin qu’il y parfasse son éducation. Jusqu’en 1825, il résidera chez son oncle, le docteur Jean-Louis Pontas-Duméril, membre de l’Assemblée provinciale avant la Révolution, maire sous l’Empire et la Restauration. Curieux choix de la part d’une famille catholique, austère et nourrie de jansénisme ! Car son hôte est aux antipo­des de Port-Royal-de-Champs : libéral, a­thée, maté­rialiste, voltairien, cynique et jouisseur, ce personnage haut en couleurs ne pouvait échapper à la sagacité de Barbey, qui en fera le docteur Torty dans Le bonheur dans le crime, une de ses Diaboliques :

« Le docteur Torty exerçait la médecine dans la ville de Va­lognes2 ; mais après environ trente ans de cet agréable exercice, […] il était venu s’engloutir dans Paris, […] ne faisant plus la médecine que pour son plaisir personnel, qui, d’ailleurs, était grand à en faire, car il était médecin dans le sang et jus­qu’aux ongles, et fort médecin, et grand observateur, en plus, de bien d’autres cas que de cas simplement physiologiques et pa­thologiques… C’était un de ces esprits hardis et vigoureux qui ne chaussent point de mitaines, par la très bonne et proverbiale raison que « chat ganté ne prend pas de souris » et qu’il en avait immensément pris, et qu’il en voulait toujours prendre, ce matois de fine et forte race ; espèce d’ho...

 

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1) Edité en 1864, Le chevalier des Touches exprime la foi monarchiste de Barbey, ainsi que ses déceptions face à la Restauration.
2) Dans Les Diaboliques, Barbey ne cite jamais Valognes que sous l’initiale V… C’est nous qui restituons le nom complet pour faciliter la lecture des extraits choisis.  




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