Patrimoine normand

Le vrai visage de Guillaume le Conquérant ?

Samedi 2 Aout 2008
Le vrai visage de Guillaume le Conquérant ?

Guillaume le Conquérant, huile sur toile, anonyme anglais, copie réalisée au XIXe siècle d’un original réalisé au XVIe ou au XVIIe siècle. Il est vêtu à la mode de ce temps. Il appartenait au baron Guérin-Séguier, au logis de Bretosse, près de Falaise et se trouve toujours dans la collection de ses descendants. (© Patrimoine Normand)

 

Sait-on qu’à travers les siècles le vrai visage de Guillaume le Conquérant a resurgi de son tombeau en 1522 et qu’il a été alors fixé pour l’éternité ?

En 1522, à l’Abbaye-aux-Hommes, Saint-Étienne de Caen, notre duc-roi Guillaume le Conquérant est exhumé de son tombeau dans le chœur de l’abbatiale. Mais il avait sommairement été momifié après son décès pour que son corps puisse être ramené à Caen. Celui-ci était encore dans son linceul. Ainsi, lorsque le tombeau est ouvert, il apparaît assez bien conservé. Mais, sorti de sa sépulture bien close ce corps va être rapidement putréfié. Monsieur de Bras est présent lors de cette exhumation et, devant la majesté conservée de notre duc-roi, il est conscient de l’importance historique de ces instants d’exception et il fait aussiôt quérir un peintre local sis en la Place Saint-Sauveur toute proche. Ce­lui-ci réalise alors un « instantané » de notre duc-roi sur un grand morceau de bois ; le portrait est fixé pour l’éternité mais il suivra des chemins insolites…

Lors du sacage de l’abbatiale par les Huguenots en 1566 ce morceau de bois disparaît. Cependant on le retrouvera, constituant la table d’un gardien d’une tour du château de Caen. Malgré ses tribulations, ce panneau, qui a fixé les traits du Conquérant extrait de son sépulcre, a servi à établir dès le XVIe siècle des portraits très probables de notre duc-roi. Ainsi, la National Portrait Gallery de Londres possède un portrait issu d’une copie du dessin qui a été fait au moment de l’ouverture du tombeau. Une autre se trouve à l’abbaye de Battle dans le Sussex. Mais, d’autres portraits ont alors été réalisés, puis copiés à partir de ceux-ci. Le chemin de piste de ces portraits nous ramène principalement vers l’Angleterre où le Conquérant est plus roi que duc, d’où l’intérêt porté à ceux-ci…

Ainsi, au XIXe siècle, un anonyme anglais a réalisé une copie de ce portrait d’après un original qui aurait été réalisé au XVIIe siècle. Cette copie a été achetée alors à un Anglais, le docteur Webster, par le Baron Guérin-Séguier, résidant alors au logis de Bretosse près de Falaise. Nous voici ramenés à l’origine anglaise et une enquête est en cours, menée par le Musée de Normandie, pour en savoir plus sur cette « filière » anglaise.

Ce portrait, qui semblerait être très proche du croquis original, nous transmettrait le visage assez fidèle de notre duc-roi. Il avait été présenté, avant guerre, en noir et blanc, puis il avait disparu. On avait alors considéré qu’il aurait pu être détruit lors des terribles combats de 1944. Mais, en Normandie, rien ne se perd et le Musée de Normandie avait évoqué ce portrait disparu lors d’une exposition. En fait, il était toujours conservé dans une collection privée normande, entre les mains d’héritiers de leurs acquéreurs du XIXe siècle, et resté intact. C’est ainsi que ce rare portrait est réapparu et qu’il est actuellement exposé au logis du gouverneur, dans le cadre du Musée de Normandie, où on peut le voir jusqu’au 31 décem­bre.

Mais l’enquête continue, en particulier pour le cheminement de ce portrait d’Angleterre en Normandie au XIXe siècle. On s’est aussi, naturellement, posé la ques­tion de l’exhumation de Guillaume le Conquérant en 1522. Dans une étude publiée en 1987 dans les Anglo Norman Studies, le doyen Michel de Bouard, grand spécialiste de Guillaume le Conquérant, pensait qu’on avait pu l’exhumer dans la perspective d’une éventuelle canonisation. C’est en tout cas, à cette époque, la principale cause d’exhumation. Aurions-nous eu un saint Guillaume ? On sait que notre duc est parti en Angleterre muni d’une bannière offerte par le Pape et cette opération de 1066 a pu être comparée à une croisade avec la punition du parjure. On connaît aussi le soutien qu’il apporta à l’Église, avec entre autre la fondation de plusieurs abbayes. N’oublions pas aussi que son comportement à l’égard de son épouse semble avoir été exemplaire ; on ne lui connaît pas de bâtards. En 1522 aussi, il semble nécessaire d’améliorer les relations religieuses avec l’Angleterre et la canonisation d’un de ses grands rois pouvait paraître opportune. Ainsi, l’exhumation consistait à voir dans quel état se trouvait le corps du défunt. Il était alors bien conservé, ce qui permit d’en faire un portrait fidèle, comme nous l’avons vu. Ce portrait, copie d’un autre plus ancien, est donc le portrait très probable de notre duc-roi. Allez le voir à Caen jusqu’au 31 dé­cem­bre 2008.
 

Le palais du Gouverneur dans l'enceinte du château de Caen. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand) 

Le palais du Gouverneur dans l'enceinte du château de Caen. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

INFORMATIONS PRATIQUES :
 
À lire : Portraits de Guillaume le ConquérantPatrimoine Normand n° 63.
 
Musée de Normandie
Château
14000 CAEN 

 

Article publié dans Patrimoine Normand n°68 (novembre 2008), par Georges BernageGeorges Bernage

 
Abonnement Patrimoine Normand

Partagez sur les réseaux sociaux

Catégories

Autres publications pouvant vous intéresser :

Commentaires :

Laisser un commentaire
Aucun commentaire n'a été laissé pour le moment... Soyez le premier !
Paiements sécurisés
Abonnement Patrimoine Normand

ABONNEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER :

  •  

     
  • PARTENAIRE(S) 

    Abbayes de Normandie  France Bleu

NOUS SUIVRE

 Twitter Patrimoine Normand  

PRATIQUE

  • Le magazine PATRIMOINE NORMAND
  • est édité par les éditions Spart
  • © PATRIMOINE NORMAND - 1995-2023

ABONNEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER :

  •  

     
  • PARTENAIRE(S) 

    Abbayes Normandes  France Bleu

NOUS SUIVRE

 Twitter Patrimoine Normand  

PRATIQUE

  • Le magazine PATRIMOINE NORMAND
  • est édité par les éditions Spart
  • © PATRIMOINE NORMAND - 1995-2023
Patrimoine normand